Christian Callec

 

 

 

AU COIN DES TROUVAILLES...

Publié en janvier 2006

 

Château de Perceval 1998 Côtes de Duras blanc moelleux, Vendanges Tardives :

 

C'est à Bruxelles, lors du Mondial, salon professionnel du vin, que j'ai pu découvrir ce merveilleux vin. Disons le franchement, pour moi Duras c'était le petit vignoble coincé entre ceux de Bordeaux, de Bergerac et de Marmande. Je n'y avais jamais prêté vraiment attention. Les vins des Côtes de Duras que j'avais dégusté jusque là étaient 'corrects' et 'bien faits', mais n'apportaient à mon humble avis pas vraiment de 'valeur ajoutée' méritant une propre AOC. J'avoue, depuis j'en ai goûté de meilleurs et j'ai en partie modifié mon jugement. Lors du passage devant un stand au moins aussi anodin que les autres, mon attention fut attirée par un bon nombre de vins du Sud-Ouest. Je fus quasiment 'accroché' par les deux hommes dans le stand, qui apparemment n'avaient pas l'air d'avoir grand chose d'autre à faire. Le salon était ce jour là d'une morosité incomparable au niveau de l'affluence. Amusé, j'acceptais l'invitation. Dans le volumineux livre de présentation au nombre impressionnant de vins divers du Sud-Ouest, mon regard tombait sur le terme Côtes de Duras. Un des hommes présents sur le stand, Monsieur Jean-Claude Lutaud, m'entendant dire que je n'avais jamais encore goûté quelque chose de vraiment impressionnant en vin de Duras, accepta le défi avec un sourire charismatique.

Il me montra une bouteille, assez banale, type bordelaise, verre blanc… L'étiquette était belle, moyenâgeuse d'inspiration (Perceval oblige ?). Mon regard fut tout de suite figé par deux mentions : 'Vendanges tardives', et 'Elevé en fûts de chêne et d'acacia'. Je restais perplexe : vendanges tardives en Duras ??? Pour ce qui est de l'élevage en fûts, le chêne c'est assez courant, mais l'acacia me paraissait assez peu commun en territoire français. J'ai dégusté bon nombre de vins blancs vinifiés et/ou élevés en (petits) fûts d'acacia, entre autre au Frioul ou en Slovénie. Bon ou moins bon, c'était toujours intéressant et unique. Moi aussi je commençais à sourire, et acceptais à mon tour le défi.

La couleur du vin proposé était fascinante, un côté doré-ambré chaleureux digne d'un 'Durassic Park'. Limpide et gras en même temps, promettant beaucoup. Le nez était plus surprenant et passionnant que vraiment impressionnant. Pas de body-builder mais plutôt un vin charmant et élégant tout en dentelles. Chacun y trouvera ses arômes, pour moi c'était surtout les agrumes, le tabac blond et les fleurs de tilleul, avec une petite pointe végétale positive en arrière-plan (citronnelle ?). L'attaque était fraîche et fruitée, suivie d'un gras rond et bien en équilibre avec le boisé certes présent mais pas dominant. Un ensemble des plus agréables qui ne lasse pas. On en reprendrait bien un (ou deux) verres sans problème. Le fruité mûr et l'onctuosité de la finale, rehaussés d'une pointe de fraîcheur en réminiscence confirmaient l'image épicurienne du nectar. Ce vin de 100% sémillon sur sol calcaire (sous-sol argileux), issu de vignes de plus de 30 ans d'âge moyen, fut fermenté pendant 6 mois en barriques neuves puis élevé pendant 18 mois en barriques neuves de chêne (50%) et d'acacia (50%). Un produit remarquable au prix relativement bas par rapport à la qualité proposée et au potentiel de garde. " Le vin n'est pas (plus) à vendre " m'indiquait en souriant Jean-Claude Lutaud… Mais à l'époque, il devait tourner autour de 25 à 30 euros la bouteille de 50 cl. Pas un vin pour les snobs, pas un vin pour les 'buveurs d'étiquettes', mais un vin pour ceux qui savent encore apprécier le charme presque anthologique des grands vins de France.

 

 

A table : les Français aimeront à le consommer en apéritif, avec du foie gras, du bon roquefort ou un dessert (pas trop sucré !). Personnellement je le considère plutôt comme un vin philosophique à boire pour lui seul, avec un(e) ami(e), autour du feu et d'une bonne partie d'échecs ou de … sport en antichambre. Un vin complice, coquin, voire libertin qui saura convaincre tous les heureux (et heureuses !) élu(e)s qui réussiront à se le procurer.

Entre-temps, j'ai bien reçu un échantillon du même vin, du millésime 2003. (Février 2006).

Château de Perceval 2003 Côtes de Duras blanc moelleux, Vendanges Tardives :

100% sémillon, de vignes de 30 ans d'âge en moyenne, sur un sol de calcaire, sous-sol argileux. Culture traditionnelle (= conventionnelle) avec effeuillage manuel. Vendanges manuelles. Cuverie en inox thermorégulée. Vinification traditionnelle avec fermentation longue pendant 6 mois en barriques neuves. Élevage en barriques d'acacia (50%) et de chêne (50%) pendant 18 moins.

Robe dorée, limpide et brillante. Belle viscosité. Au nez du miel d'acacia, des pêches jaunes et du coing confit, rehaussés de tabac blond. En bouche une fraîcheur étonnante pour un 2003, du corps, de la rondeur, du jus... Quelle puissance, quelle complexité et quel équilibre! Finale longue, crémeuse, confite et liquoreuse. Un vin de grande classe qui mérite à évoluer encore quelques années.

A table : ici aussi les Français choisiront de façon un peu décadente pour l'apéritif ou le foie gras. Plus aproprié à mon humble avis, un bon bleu. Plutôt bleu des Causses que Roquefort, plutôt vache que brebis. Pour ce qui est des desserts, doucement sur le sucre, plein vent sur la fraîcheur. Quant au reste, même réflexion que ci-dessus pour le 1998, un excellent vin pour une soirée romantique...