
Lectures diverses:

Le
Guide des Vins bio
Pierre Guigui, Marise Sargis, Jean-Claude Trastour
Jean-Michel Deluc, Virginie Magnien
Nouvelles Éditions Marabout (Hachette)
320 pages + 4 (couverture)
ISBN : 2501045467
Eur. 7,50 (sous réserve)
Le guide Marabout des vins
bio était attendu avec beaucoup d'intérêt,
aussi bien par la presse que par les professionnels du vin et
de la restauration. Il fut officiellement présenté
à la presse mi-janvier lors du salon professionnel Millésime
Bio à Narbonne. Lors de la présentation par Pierre
Guigui et Jean-Michel Deluc, j'aurais aimé entendre le
premier s'exprimer plus longuement sur cet ouvrage et répondre
personnellement à plus de questions. La durée de
la présentation était trop limitée. Il est
regrettable que l'argumentaire employé par Jean-Michel
Deluc était par trop orienté sur le côté
vente des vins (bio) alors qu'un tel guide se devrait avant toute
autre chose d'être informatif et neutre. Certaines affirmations
du genre 'les professionnels du vin se prennent souvent trop au
sérieux
ils ne sont pas tous des nologues'
ou bien 'les professionnels du vin n'écoutent pas assez
les consommateurs' et 'un vin doit avant tout être désaltérant'
etc. sont défendables, mais relèvent plus
d'un marketing mercantile que d'information objective. Accepter
et même défendre l'amalgame que fait le consommateur
lambda entre 'goût du vin' et 'qualité' ne me paraît
pas éthiquement et journalistiquement correct. Heureusement
que Pierre Guigui, en bon diplomate, sût ajouter son petit
grain de sel bio et dynamique pour tempérer certaines affirmations.
La préface de Laurence Zigliara (psycho-ethnologue)
me laisse un peu sur ma faim. Elle ne l'aura surement pas voulu
ainsi, mais certaines des notions qu'elle utilise me rappellent
étrangement les élucubrations gogoboboësques
de quelques Slow-Foodies (heureusement ils ne sont pas tous comme
cela !). Le fast-food et la mondialisation à l'américaine,
disent-ils, sont la cause de l'uniformisation, de la standardisation.
Laurence parle, dans un autre contexte il est vrai, de menace
ethnocidaire
Une pensée qui mérite peut-être
un peu plus de développement. Tel quel, cela peut paraître
monolithique et sélectif. Pourquoi faut-il toujours employer
le 'Nouveau Monde' ou 'les Américains' comme épouvantails
quand on veut présenter la globalisation, la standardisation
et l'uniformisation ? N'oublions pas que ce Nouveau-Monde si souvent
décrié, fût 'créé' par nos propres
aïeux, fuyant pour des raisons économiques, politiques,
sociales, religieuses ou tout simplement pour l'aventure une Europe
leur étant devenue invivable. Ils y ont imposé,
à coup de génocide, d'esclavage et d'évangélisation
forcée, une vision de la culture européenne que
nous préférons oublier. Ce n'est absolument pas
à cause des Américains que la culture européenne
a perdu de sa force. Ce ne sont pas eux qui ont inventé
le 'fast-food', il a toujours existé, sous d'autres formes,
aussi bien en Europe qu'en Asie ou en Afrique. Les Américains
n'ont fait que rentabiliser le phénomène à
grande échelle. N'est-ce pas un peu trop facile de critiquer
les autres pour camoufler nos propres erreurs et errances passées
et présentes ? Si la globalisation menace, ce n'est pas
tant parce que les pays du nouveau monde sont forts, mais en premier
lieu parce que nous sommes faibles, car nous ne savons pas assez
communiquer sur nos points forts. Et c'est par là qu'il
faut commencer.
Belle introduction, claire, nette et très
informative sur l'agriculture bio
Petite question de langue
: est-ce 'la bio' (page 16) ou 'le bio' (page 17) ? Le côté
pratique est très bien expliqué. Excellent passage
d'Hugues Toussaint (Biocoop) sur 'le prix de la bio', ainsi que
le reste de l'explicatif et du comparatif des coûts du bio
et du non bio! Le chapitre 'La vigne et le vin' est très
bien fait et écrit, avec une présentation des 'vins
bio' et de la charte FNIVAB. Le passage sur 'les vins du monde'
est assez réducteur. On y oublie l'Allemagne et l'Autriche
par exemple, mais aussi la Slovénie et la Croatie qui font
aussi d'excellents vins en bio voire en biodynamie. Après
un petit message sur l'Agence Bio (merci Madame Mercier pour la
collaboration ! dixit Pierre Guigui) vient un passage relativement
rébarbatif mais nécessaire sur le côté
pratique du guide, des dégustations et des choix. Un sentiment
de nausée me prend quand je lis : " Quand le millésime
le permet, les vins doivent présenter une certaine fraîcheur,
ce qui est une qualité générale des vins
français quand ils n'essayent pas d'imiter les vins du
Nouveau Monde chargés d'alcool et manquant d'acidité.
" Depuis 10 à 15 ans cette image des vins du Nouveau
Monde est désuète et franchement bêtement
'cocoricoësque'. Avant que l'on n'entende parler de vins
du 'Nouveau Monde', le négoce français coupait déjà
ses vins maigrelets, issus de vignes que l'on faisait pisser à
outrance, avec du gros rouge chargé d'alcool et manquant
d'acidité en provenance d'Algérie ou des Pouilles
Italiennes. Arrêtons les préjugés idiots et
anachroniques. Si encore beaucoup de vins quasi-industriels présentent
bien le caractère décrit ci-dessus, ce n'est pas
une invention du Nouveau Monde, mais justement une mauvaise copie
des vins européens de masse des années 60. Depuis
il y a eu de nombreux progrès dans ce 'Nouveau Monde' (dont
certains vignobles existaient déjà avant que la
plupart des grands crus du Médoc ne voient le jour). Quand
au 'manque d'acidité' et au charme de la fraîcheur
des vins français, nous frôlons le ridicule. L'acidification
du moût ou du vin n'est-elle pas une pratique relativement
courante en France du Sud, tout comme la chaptalisation dans le
nord et ailleurs (même pour certains vins liquoreux
demandez à Patrick Baudoin, il se fera un plaisir de vous
l'expliquer). Pourquoi toujours avoir recours à des procédés
si bas ? En quoi est-ce nécessaire ou fonctionnel ? Parlons
plutôt en bien du bon vin, d'où qu'il vienne. Du
mauvais vin il y en a de partout, à commencer par la France.
Et du bon, il y en a aussi partout, pas seulement en France. La
phrase suivante dans le guide : " Le vin doit être
désaltérant. Il reste une boisson qui accompagne
un repas. " est un peu réductrice aussi. Le vin est
un plaisir qui dépasse de plus en plus le cadre de l'accompagnement
de repas. Dans certains pays, comme par exemple aux Pays-Bas,
le vin est le plus souvent consommé en soirée, quelques
heures après le repas. Et là, ce sont le fruité
et la rondeur qui sont appréciés, pas la fraîcheur
gastronomique. Une faute d'approche par trop souvent commise par
les producteurs et négociants français à
l'export, n'écoutant pas assez ce que demande le consommateur
mondial. Tout comme le monde culinaire n'est pas resté
figé à l'époque d'Escoffier, le monde de
la consommation du vin évolue et les moments de consommation
changent d'une génération et d'un pays à
l'autre. Quelques infos fonctionnelles plus loin, un passage très
important sur les 'absents'. A lire absolument avant que de commencer
à critiquer le caractère 'non exhaustif' du guide
!
Le 'palmarès'
246 pages sur les 340 sont réservées
au 'palmarès' qui intéressera aussi bien les acheteurs
professionnels que le gros des consommateurs, avertis ou non.
Les 'élus' sont présentés par région,
après une petite introduction informative concise et bien
faite. Quelques points faibles toutefois, peut-être par
manque de place ? L'AOC Alsace Grand Cru n'autorise-t-elle pas
la complantation sur l'un des grands crus, et non des moindres
? Et cette complantation n'inclue-t-elle que les quatre cépages
classiques dits 'nobles ? 'Qui cherche la réponse la trouvera
en partie dans ce même guide en page 51. Dans l'ensemble,
un très joli travail d'une équipe de dégustation
et de rédaction très sérieuse et dévouée
à la cause. Bravo ! En prime, outre la présentation
des régions, des domaines et des vins élus, une
idée de la garde des vins et de leur température
de service et une suggestion d'alliance avec un plat. On trouve
de ci de là quelques bonnes adresses, données par
les vignerons cités. Bonnes adresses, tout simplement,
ou aussi de bons clients ? Les deux peut-être.
En annexe une présentation du concours
Amphore des vins issus de raisins de l'agriculture biologique,
sous la direction de Pierre Guigui. Suivent encore un index récapitulatif
des domaines, un carnet d'adresses de cavistes et de restaurants,
des spécialistes institutionnels du bio, une liste des
principaux sites internet sur le bio, une liste d'ouvrages et
de revues sur les vins bio et naturels et les remerciements de
toute l'équipe.
Conclusion : le premier exemplaire de ce
nouveau guide est très encourageant. La partie 'vin' n'est
peut-être pas exhaustive (mais on sait pourquoi), mais elle
est très bien faite. Au niveau des intros, un peu plus
d'enthousiasme pour ceux qui en France ou ailleurs font un excellent
travail, moins de critiques dépassées et déplacées
sur 'les autres' et peut-être un peu plus d'introspection
constructive sur les points faibles et donc à améliorer
de notre propre viticulture, rendraient le tout assurément
plus objectif et crédible. On sent aussi un manque de profondeur
au départ, sûrement lié au 'manque de place'
et de budget. Comment peut-on parler de bio, de terroir et d'appellations
sans laisser s'exprimer Nicolas Joly, le porte-parole du Renouveau
des Appellations ? Un manque indéniable, vraisemblablement
imposé par l'éditeur
Néanmoins, la
liste des 424 vins d'exception pour tous les prix a de quoi convaincre
les plus blasés et les plus sceptiques. Pour un ouvrage
de 'petit budget', un travail remarquable de Pierre Guigui et
de son équipe de dégustation et de rédaction.
Le prochain exemplaire se devrait d'être encore plus remarquable.
A suivre donc